Jirô Taniguchi – Un ciel radieux (2006, Casterman)
21042010Aaaah, Taniguchi. L’un des meilleurs, le meilleur mangaka contemporain. Un beau dessin réaliste – on pourrait d’ailleurs déplorer son manque d’originalité – au service d’histoires systématiquement bien construites et tout aussi systématiquement touchante et émouvantes.
Je viens de relire « Un ciel radieux », une de ses dernières publications. Un homme de 40 ans; Kazuhiro Kubota, percute un adolescent de 17 ans, Takuya, alors à moto. Les deux accidentés sont dans le coma. L’homme décède, l’adolescent vit. Du moins son corps… car la conscience de Kazuhiro prend place dans le corps de l’adolescent.
A partir de là, Taniguchi déroule une histoire assez mélodramatique . Kazuhiro Kubota, une fois le corps de Takuya remis, cherche à revoir sa femme et sa petite-fille… et à leur faire accepter que c’est bien son âme dans le corps d’un autre. Il découvre la famille de celui qu’il a renversé, et dont il occupe le corps. Mais la conscience de Takuya réapparaît petit à petit, et pousse celle de Kazuhiro vers la sortie, ce après une période importante de cohabitation. Un peu comme dans le film « La personne aux deux personnes », en pas raté.
»La thématique du suicide au travail, écho frappant à la morbide actualité française »
L’histoire est à cheval entre le quotidien et le fantastique « crédible », « envisageable », et c’est sûrement ce qui lui donne sa force.
La thématique de la souffrance au travail, du suicide au travail apparaît au cours de l’histoire. Car Kazuhiro, épuisé et malade, poussé à bout par les exigences de rendement de sa société, a en fait eu un geste suicidaire en précipitant sa fourgonette sur un poteau de l’autre côté de la route. Percutant involontairement Takuya qui se trouvait là… Un écho fort à la morbide actualité française, est-il bien nécessaire de le préciser.
C’est sur ce point peut-être que l’histoire perd un peu de vraisemblance… ou en fait un peu trop. A moins que ce ne soit le « cultural gap ». Mais on a un peu de mal à comprendre pourquoi Kazuhiro n’a pas quitté son travail alors qu’il avait une possibilité de changer d’entreprise et d’autres projets en cours… C’est une oeuvre aussi très accessible, presque commerciale, qui semble parfois pensée pour plaire à un public adolescent féminin. Mais je fais vraiment la fine bouche…
Tokyo Sonata, dans un genre différent, évoque la vie d’un père de famille après la perte de son emploi. Pas évident, au Japon plus qu’ailleurs, peut-être. Un ciel radieux ressemble à un scénario clé en main… pourquoi pas une adaptation en France, avec quelqu’un comme Lioret ?
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